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Contes et Nouvelles: La Golf chimérique

Dr Hamid Kherrati

La chaleur était suffocante, aride, implacable. Un soleil de plomb dardait verticalement ses rayons brûlants sur la cité assoupie en ce début d’après-midi d’août. Je venais de stationner ma Golf Quatre le long du trottoir, quand un passant débonnaire m’aborda. Il était habillé comme n’importe quel citadin moyen : pantalon élimé et chemise douteuse, le tout certainement acquis chez le fripier du coin. Sa main droite agrippait un grand sac en toile de jute, vétuste et semblant à moitié plein mais léger.

Ta voiture a une peinture métallisée splendide, et ce serait dommage de l’abimer en ne la mettant pas plus à l’ombre le long de ce mur ! m’exhorta-t-il d’un ton de connaisseur.

Tu as raison, et bien gentil à toi d’y avoir pensé à ma place, je vais tout de suite rectifier son emplacement en la hissant sur le trottoir, lui répondis-je souriant.

Alors que je m’apprêtais à ouvrir la portière du côté conducteur, ce badaud salutaire enchaîna interrogateur :

Si tu recherches des accessoires d’occasion pour ta Volkswagen, je peux t’indiquer l’endroit où les acquérir pour pas cher. Une Golf accidentée récemment sur la route de Rabat, identique à la tienne vient d’être débarquée à la décharge de ferraille au nord de la ville.

Alléché par cette aubaine, je donnai mon assentiment et lui fis signifier mon désir d’aller immédiatement récupérer lesdits accessoires de carrosserie encore valables afin de les réutiliser sur ma propre voiture. Je n’avais aucune raison de douter de la proposition du bonhomme ce d’autant plus que mon avidité l’emporta sur ma prudence.

Nous arrivâmes devant la décharge de ferraille en question et je stoppai sur le bord de route. Le dépotoir était éloigné de quelques mètres à l’ouest en plein terre agricole non défrichée. Situé sur une butte granitique, cerné par une clôture bétonnée, il était bien en vue à gauche pour quiconque se rendait à Rabat.

Il prit place à mes côtés, son sac de jute sur les genoux, et je démarrai vers la route du nord. Durant ce trajet de quelques kilomètres, mon passager s’enquit sur mon identité et sur celle de ma famille. Il m’assura qu’il était lui-même un de nos proches éloignés. Ma confiance en lui redoubla et je remerciai le ciel de l’avoir mis sur mes pas. Dénicher des pièces de rechange pour une marque d’automobile rare à l’époque relevait de l’impossible. J’étais désolé pour le conducteur sinistré de cette Golf rouge mais réjoui de pouvoir bénéficier de ses annexes encore utiles.

J’avais déjà visité cette décharge une fois à la recherche d’une pompe à eau avec sa courroie. C’était un pandémonium de moteurs éventrés, de carrosseries défoncées, de tout un fatras de parebrise, de pneus éculés et d’autres pièces mécaniques indéfinissables. Ces objets disparates étaient exposés pêle-mêle à l’air libre, sous le soleil et sans abri en cas de précipitations orageuses. Le lieu possédait une entrée orientée vers l’est et une sortie à l’ouest. Chacune munie d’un solide portail en ferblanterie et qu’on clôturait le soir tombé. Une meute de chiens de garde, qu’on détachait dès le crépuscule, complétait ce tableau. La décharge de ferraille apparaissait tel un îlot perdu dans un espace infini de guérets. On y accédait par un sentier étroit en terre battue balisé par les rares véhicules qui la fréquentaient.

Mon passager me demanda ce qu’il me fallait vraiment comme accessoires. Cette question me bouleversa un peu car je n’avais pas de notion précise sur ce que nous allions découvrir.

Je ne sais pas encore, des ampoules d’origine, des clignotants intacts, des protège portières. Sur place devant la Golf rouge accidentée nous aviserons, lui dis-je en toute crédulité.

Je te déconseille de m’accompagner sur les lieux car à ta vue le vendeur peut augmenter le prix. Il vaut mieux que je m’y rende tout seul à pied. C’est plus prudent et mon aspect ne l’incitera pas à vouloir majorer ses bénéfices, me recommanda-t-il en me confiant son sac en gage jusqu’à son retour.

Je lui remis deux cents dirhams et allumai la radio de bord pour patienter jusqu’à ce qu’il revienne. Je lui avais donné pour consignes de dépouiller la fameuse voiture rouge accidentée de tout ce qui avait de la valeur et susceptible de convenir à ma Golf en lui promettant une bonne rétribution en fin de mission. Je me rencoignai sur mon siège cherchant une station radio intéressante pour atténuer mon attente. Une heure s’écoula, puis une deuxième sans que mon bonhomme ne revînt. L’attente s’étirait sans qu’aucune forme humaine ne m’apparut quittant l’enclos de la décharge. Une vague de soupçons me traversa l’esprit, cette quête durait plus qu’il n’en faut. Sûrement qu’un malentendu a pu survenir entre mon émissaire et le marchand de pièces usagées. Je devais vérifier le cours de l’entreprise en me rendant sur les lieux mêmes du marchandage. Je descendis de voiture, mis une casquette sur ma tête et m’engageai sur le sentier qui menait vers l’entrée de la décharge.

Tout en sueur, je franchis le portail accompagné par l’aboiement lointain des chiens de garde. Pas âme qui vive, l’endroit était désert, seuls les immenses monticules des rebuts mécaniques divers me saluèrent. Je décidai de faire un tour d’exploration de ce qui était exposé. Aucune Golf accidentée n’était en vue, encore moins de couleur rouge. Il y avait bien des carrosseries rouillées de diverses marques, très anciennes mais pas trace d’un quelconque véhicule accidenté fraîchement réceptionné. Ma déception était à la mesure de mon avidité. Je réalisai alors que j’avais été abusé par cet énergumène qui m’a inspiré confiance. J’allai retourner sur mes pas quand une voix sortie d’on ne sait où me héla :

Hé ! Vous !Vous cherchez quelque chose ? sur un ton de menace patent.

Auriez-vous vu passer par ici, il y a quelques heures, un homme en quête de Golf rouge accidentée ? l’interrogeai-je sur un ton trés courtois.

Oui, me dit-il, il est juste entré et ressorti sans rien demander, je crois qu’il avait perdu son chemin ou qu’il a traversé cette place pour faire raccourci. Notre entrepôt n’a jamais reçu de Golf accidentée cette année.

Je rebroussai chemin après avoir remercié le gardien du site de la ferraille. Dans la voiture, ma vue tomba sur le sac en toile de jute occupant la place du passager. Je l’ouvris alors, priant dieu pour qu’il ne contienne pas quelque chose de compromettant. Fort heureusement, il ne contenait que de la paille.

Le soir tombait, la chaleur baissait et je rentrai vers mon quartier délesté de 2OO dirhams victime d’une rouerie canaille. Durant ce retour, je me suis débarrassé du sac dans une poubelle, et j’eus une pensée admirative pour l’escroc. Avait-il improvisé ce stratagème lors de ma rencontre fortuite ? Ou avait-il agi muni de ce plan rodé préparé d’avance qu’il mettait à exécution dès qu’une proie était détectée ? Étrangement, je ne lui tenais pas rancune de m’avoir berné si aisément. En fait, un proverbe marocain souligne bien ce qui m’est arrivé : « le mensonge triomphe toujours sur l’avidité ».

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